Pauvreté dans le monde : état des lieux en 2025

2025 marque un tournant méthodologique et politique pour la mesure et la lutte contre la pauvreté. Les institutions ont relevé le seuil international, les conflits et le climat reconfigurent les foyers de vulnérabilité, et les résultats varient fortement selon les régions. Voici l’état des lieux factuel et actionnable.

Le seuil international de pauvreté est passé à 3 $ par jour (prix 2021), remplaçant l’ancien 2,15 $.

En 2025, ~808 millions de personnes vivent en pauvreté extrême, soit ≈10 % de la population mondiale.

La pauvreté se concentre en Afrique subsaharienne et dans les contextes de fragilité et de conflit.

Le « working poverty » touche ~244 millions de travailleurs en 2024 ; l’insécurité alimentaire grave concerne ~673 millions de personnes.

Des solutions coût-efficaces existent : transferts monétaires, protection sociale, éducation, santé, agriculture résiliente et paix.

Objectif de développement durable 1 : éradiquer l’extrême pauvreté partout. Source : Nations Unies.

Définitions et changement méthodologique en 2025

En juin 2025, la Banque mondiale a actualisé les lignes de pauvreté mondiales avec les parités de pouvoir d’achat (PPA) 2021. L’ancienne ligne à 2,15 $ (PPA 2017) est remplacée par une ligne à 3,00 $ par personne et par jour (PPA 2021), accompagnée de lignes supérieures harmonisées (4,20 $ et 8,30 $) pour les pays à revenu intermédiaire. Ce relèvement ne signifie pas que « le monde est subitement plus pauvre » : il ajuste le référentiel de comparaison internationale.

Conséquence directe : les séries de prévalence et d’effectifs doivent être lues avec prudence lors des comparaisons avant/après 2025. Les parts et nombres peuvent augmenter mécaniquement avec un seuil plus élevé, alors même que la réalité matérielle des ménages n’a pas changé. Les plateformes officielles (PIP) publient les deux générations d’estimations et documentent les ruptures de série, ce qui permet d’interpréter correctement les tendances à moyen terme.

À retenir pour 2025 : parler de « pauvreté extrême » renvoie par défaut à 3 $ (PPA 2021). Les références à 2,15 $ doivent être explicitement signalées.

Chiffres 2025 : où en est la pauvreté extrême ?

Selon les estimations officielles 2025, environ 808 millions de personnes vivront cette année sous la ligne internationale, soit ≈ 9,9 % à 10,1 % de la population mondiale. La dynamique est contrastée : la pauvreté continue de reculer lentement à l’échelle globale, mais elle se concentre davantage dans certaines régions et contextes.

A lire  SCPI et fiscalité : comment réduire votre imposition en toute légalité

Répartition régionale : l’Afrique subsaharienne affiche les taux les plus élevés et concentre une part croissante des personnes extrêmement pauvres. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord élargie (incluant l’Afghanistan et le Pakistan dans certaines classifications 2025) est désormais la seconde région la plus touchée en proportion. L’Asie du Sud et l’Asie de l’Est ont, elles, poursuivi une réduction rapide sur deux décennies, même si l’ampleur des populations reste importante dans certains pays.

Carte mondiale : part de la population en pauvreté extrême, ligne 3 $ (PPA 2021), 2024-2025
Part de la population vivant sous 3 $ (PPA 2021) par pays. Source : Banque mondiale (PIP) via Our World in Data.

Tableau récapitulatif des indicateurs clefs utilisés dans cet état des lieux :

Indicateur (dernier point)Valeur 2024–2025PortéeSource
Pauvreté extrême (ligne 3 $)≈ 10,1 % en 2025MondeBanque mondiale, mise à jour 09/2025
Effectif en pauvreté extrême≈ 808 millions en 2025MondeONU Stat, ODD 1 (2025)
Travailleurs en pauvreté extrême≈ 244 millions (6,9 %) en 2024Monde (emploi)ONU Stat (ODD 1, 2025) ; OIT WESO 2025
Personnes en situation de faim≈ 673 millions en 2024 (≈ 8,3 %)MondeSOFI 2025 (UNICEF/FAO/OMS/PAM/IFAD)

Moteurs de la pauvreté : croissance, inflation, dettes, conflits, climat

Quatre déterminants dominent l’état 2025 :

  • Croissance lente et inégale : la reprise post-pandémie est hétérogène. Les pays à faible revenu ont vu leur rattrapage s’essouffler, limitant la création d’emplois productifs et la hausse des revenus réels. Les gains de productivité restent faibles hors Asie.
  • Inflation et chocs sur les prix alimentaires : malgré un reflux par rapport à 2022, l’inflation cumulée a durablement érodé le pouvoir d’achat des ménages pauvres, particulièrement sur l’alimentation.
  • Dette et contraintes budgétaires : le service de la dette absorbe une part croissante des budgets dans de nombreux pays à faible revenu, ce qui crowd-out des dépenses sociales et des investissements de base.
  • Conflits, fragilité et climat : la pauvreté se concentre dans les contextes de fragilité, conflit et violence (FCV). À l’horizon 2030, plus de la moitié, voire jusqu’à deux tiers, des personnes extrêmement pauvres devraient vivre dans ces contextes. Les aléas climatiques accroissent la fréquence des pertes de revenu, notamment en agriculture pluviale.
Paysage urbain de Kibera, Nairobi : habitat précaire et chantiers de relogement
Urbanisation, précarité et contraintes d’accès aux services de base : un cocktail qui piège la pauvreté dans certaines métropoles africaines.

Pauvreté et emploi : le working poverty

La pauvreté « au travail » persiste : environ 6,9 % des travailleurs dans le monde vivaient encore sous l’extrême pauvreté en 2024, soit près de 244 millions de personnes. Les taux sont nettement plus élevés dans les pays les moins avancés et dans l’économie informelle. Les politiques de salaire minimum, de formalisation, de productivité des petites entreprises et d’extension de la protection sociale sont décisives pour réduire ce phénomène.

A lire  Comparatif des meilleures SCPI 2025 selon votre profil d’investisseur

Le levier central reste l’augmentation de la productivité du travail et des heures rémunérées, combinée à des filets de sécurité qui lissent les chocs (maladie, chômage, saisonnalité) et évitent des ventes d’actifs de survie. L’accès à la garde d’enfants, aux transports et à la santé multiplie l’effet emploi des politiques économiques, notamment pour les femmes.

Jeune travailleur dans un atelier à Kibera (Nairobi)
Emploi informel : compétences réelles mais marges faibles, risques élevés et faible protection sociale.

Pauvreté et faim : l’état de l’insécurité alimentaire

La faim reste un marqueur critique de la pauvreté. Le rapport SOFI 2025 estime qu’environ 673 millions de personnes ont connu la faim en 2024. La situation s’est légèrement améliorée en Amérique du Sud et en Asie méridionale, mais elle se dégrade en Afrique, où plus d’une personne sur cinq est sous-alimentée. Les chocs climatiques, les conflits et la cherté des intrants pèsent sur la production et l’accès à une alimentation saine.

Lien avec la pauvreté monétaire : les seuils à 3 $ sont inférieurs au coût d’un régime alimentaire sain dans la plupart des pays. En clair, sortir juste au-dessus de 3 $ ne protège pas d’une insécurité alimentaire, surtout sans politiques de prix, de revenus et de filets sociaux.

Réunion de bénéficiaires d’un programme de transferts sociaux (Malawi)
Transferts sociaux : un instrument direct pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté à court terme.

Politiques qui fonctionnent : preuves et ordres de grandeur

Les évaluations et synthèses institutionnelles convergent : un paquet de politiques éprouvées permet de réduire la pauvreté de manière durable, surtout lorsqu’il cible les contextes FCV et les zones rurales pauvres :

  • Transferts monétaires (conditionnels ou non) : effets rapides sur la consommation, la sécurité alimentaire et l’investissement productif des ménages pauvres, surtout lorsqu’ils sont prévisibles et bancarisés.
  • Protection sociale universelle de base : pensions sociales, allocations familiales, assurance maladie minimale. L’extension par paliers, financée par recettes domestiques et appuis concessionnels, est jugée rentable macro-socialement.
  • Investissements en santé et éducation : gains d’années de scolarité, de capital humain et de participation féminine au marché du travail, avec des effets intergénérationnels forts.
  • Agriculture résiliente : irrigation économe, semences améliorées, conseils agricoles numériques, assurance climatique indicielle ; priorité aux systèmes alimentaires locaux.
  • Inclusion économique : actifs de démarrage, formation, coaching et accès au marché pour micro-entreprises et ménages ultra-pauvres.
  • Paix et gouvernance : sans réduction de la violence et de la fragilité, l’ODD 1 est hors d’atteinte dans plusieurs sous-régions.

Les pays qui ont réduit le plus rapidement la pauvreté combinent ces leviers avec une croissance tirée par l’emploi, une gestion rigoureuse des stabilisateurs budgétaires et un ciblage géographique fin.

Données et outils pour suivre la pauvreté

Pour un suivi fiable et reproductible des chiffres :

A lire  Comparatif des meilleures SCPI 2025 selon votre profil d’investisseur

Tendances vers 2030 : ce qui est nécessaire pour l’ODD 1

Au rythme actuel, l’ONU projette qu’≈ 7,3 % de la population mondiale vivra encore en extrême pauvreté en 2030. L’essentiel des « non-atteints » se situera en Afrique subsaharienne et dans les pays FCV. Pour vraiment accélérer, trois conditions reviennent dans les analyses : (1) pacifier et stabiliser les zones en conflit ; (2) réaccélérer la croissance inclusive via productivité, commerce régional et capital humain ; (3) financer la protection sociale de base et l’adaptation climatique, avec allègement ciblé des dettes et mobilisation fiscale domestique.

Le relèvement du seuil à 3 $ clarifie une réalité souvent occultée : sortir de l’extrême pauvreté « statistique » ne suffit pas. L’objectif est la résilience des ménages face aux chocs et la capacité à accumuler du capital humain et productif. Les politiques listées plus haut y contribuent, si elles sont soutenues et adaptées aux contextes locaux.

FAQ

Pourquoi parle-t-on d’un nouveau seuil à 3 $ par jour en 2025 ?

Parce que la Banque mondiale a actualisé les lignes de pauvreté avec les PPA 2021. Le seuil à 3 $ (prix 2021) remplace le 2,15 $ (prix 2017). Cela améliore la comparabilité internationale mais crée une rupture de série. Voir la fiche officielle « global poverty lines » 2025.

Combien de personnes sont en pauvreté extrême en 2025 ?

Environ 808 millions de personnes, soit environ 10 % de la population mondiale, selon l’ONU (ODD 1, 2025). Les nowcasts de la Banque mondiale donnent une fourchette de 9,9 % à 10,1 % selon les mises à jour.

Quelles régions sont les plus touchées ?

L’Afrique subsaharienne affiche les taux les plus élevés. Les contextes de fragilité et de conflit concentrent une part croissante des personnes pauvres, avec une intensification attendue d’ici 2030.

Le relèvement du seuil à 3 $ change-t-il l’évaluation des progrès ?

Oui. Un seuil plus élevé augmente mécaniquement la prévalence mesurée. Il faut donc éviter les comparaisons directes avec les séries à 2,15 $ sans ajustement. Les plateformes officielles documentent ces ruptures de série.

Quelles politiques ont l’impact le plus robuste ?

Transferts monétaires, protection sociale de base, santé et éducation, inclusion économique, agriculture résiliente et, en amont, résolution des conflits. Les effets sont plus forts lorsqu’ils sont combinés et ciblés géographiquement.

Quelle différence entre pauvreté monétaire et pauvreté multidimensionnelle ?

La première est calculée à partir d’un seuil de revenu/consommation (3 $). La seconde intègre l’accès à l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, etc. Un ménage peut être au-dessus de 3 $ tout en étant pauvre au sens multidimensionnel.

Sources


Conclusion : la progression globale n’est pas terminée, mais elle est trop lente et trop inégale pour atteindre l’ODD 1 sans correction de trajectoire. Priorité aux contextes FCV, à la protection sociale de base et à l’accélération de la productivité avec inclusion. Les données 2025 offrent une boussole plus exigeante ; il faut l’utiliser pour cibler mieux et investir plus efficacement.

Laisser un commentaire